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16.02.2007

Présidentielle : le programme "santé" des candidats

Les candidats à l’élection présidentielle se livrent, en ce moment, à une débauche de promesses qui donnent lieu à des batailles de chiffres pour déterminer le coût des différents programmes.

Dans le domaine de la santé publique, les programmes sont particulièrement généreux. Tous ou presque, reposent sur un mensonge : celui de la gratuité.

Or, toute personne censée sait  pertinemment que rien n’est jamais gratuit. La CMU par exemple, qui permet d’être remboursé à 100% des actes de soins et des médicaments en fonction d’un plafond de ressources, instaure une gratuité virtuelle pour ses bénéficiaires, qui est en réalité financée par l’impôt, donc par la collectivité.

Voici une petite revue des promesses des différents candidats en matière de santé publique. J’ai volontairement retiré de ce catalogue les déclarations d’intentions absurdes (« Relever le défi de l’allongement de la durée de la vie » chez Ségolène Royal), ainsi que les promesses qui consistent à mettre en place des structures déjà existantes (« Régionalisation de la santé » chez François Bayrou).

medium_sarkozy.jpgNicolas Sarkozy

-        Financement intégral des prestations d’assurance maladie par l’impôt, et non par les cotisations sociales. Y a de l'idée... Mais pourquoi ne pas aller plus loin ? Depuis l'instauration de la CMU en 1999, ce n'est plus le travail qui détermine l'accès à la couverture médicale, mais la résidence. La logique voudrait donc que l'entreprise cesse complètement d'assurer le risque maladie et que la solidarité nationale prenne le relais, par l'impôt.

-        Franchise forfaitaire modulable sur la consommation de soins. Cela peut contribuer à responsabiliser les gens mais ça ne règle pas le problème.

-        Création d’une 5e branche de la sécurité sociale destinée aux personnes en perte d’autonomie.

medium_royal_2.jpgSégolène Royal

-       Gratuité complète des soins pour les enfants jusqu’à 16 ans. Gratuité pour les uns = financement par les autres

-       Politique volontaire de répartitions géographiques des professionnels de santé, notamment pour les étudiants en médecine à la fin de leurs études. On fait comment pour obliger les médecins à s'installer dans telle zone plutôt que dans telle autre ? Si on répartit les médecins comme on répartit les enseignants, cela signifie que l'on nationalise complètement la médecine ?

-        Création de nouvelles structures de santé dans les quartiers. Des dispensaires ? Pourquoi un quartier réputé "difficile" aurait-il besoin d'une structure (publique) de santé particulière ? A quoi servent les hôpitaux dans ce cas ?

-         Création d’une carte santé jeune 16/25 ans ouvrant droit à la gratuité d’une consultation par semestre. De nouveau, la "gratuité"

-        Rétablir les moyens supprimés par la droite pour les soins aux étrangers en situation irrégulière. C'est faux. La droite n'a malheureusement pas supprimé l'AME (Aide Médicale d'Etat) qui permet à tout étranger en situation irrégulière de bénéficier de la prise en charge à 100% de ses soins et de ses médicaments.

medium_bayrou_2.jpgFrançois Bayrou

-         Instauration d’une couverture universelle avec remboursement à 100% par extension de la CMU. Elle serait entièrement financée par la CSG. Voir le programme de Marie-Georges Buffet pour la gratuité complète des soins...

-       Arrêt des mesures d’économies ponctuelles comme les déremboursements. Le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, dans son rapport de 2004 précise : "Le système de financement s'épuiserait à vouloir couvrir sans tri, tout ce que l'industrie et les professionnels de santé peuvent offrir".

medium_buffet_2.jpgMarie-Georges Buffet

-        Prise en charge totale et à 100% des enfants et des personnes dépendantes. Première étape vers le remboursement à 100% de tous les actes pour l’ensemble de la population. Gratuité...

-        Réforme du financement de l’assurance maladie en augmentant la cotisation patronale et en créant une cotisation additionnelle sur les revenus financiers. Ou comment deresponsabiliser les personnes : je suis assuré à 100% mais je ne paye pas mon assurance.

             medium_Le_Pen.jpg          

Jean-Marie Le Pen

-       Diversification du financement de la branche maladie. Maintien du système de cotisation et instauration d’une TVA sociale.

-       La sécurité sociale restera obligatoire mais le « petit risque » ne sera plus couvert. C'est quoi le "petit risque" ?

-      Réforme de la fiscalité sur le médicament. Actuellement les médicaments sont soumis à deux taux de TVA : une TVA à 2.1% pour les médicaments remboursés et une TVA à 5.5% pour les médicaments non remboursés. Alors pourquoi réformer la fiscalité sur les médicaments ? Pour augmenter la TVA et financer la fameuse TVA sociale ?

-       Instauration de la préférence nationale pour l’aide sociale. C'est infaisable. Voici pourquoi.

medium_Voynet.jpgDominique Voynet

-       Suppression des droits au dépassement d’honoraires. Suppression de l’euro forfaitaire non remboursé par consultation, et de la franchise de 18€ sur les actes médicaux lourds. Gratuité encore... Quand on pense que Voynet est médecin anesthésiste de formation...

-       Fondation d’un régime obligatoire et universel basé sur le principe de solidarité. C'est pas déjà notre système actuel ?

                 medium_besancenot.jpg                 

Olivier Besancenot

-       Remboursement intégral de tous les médicaments mis sur le marché.

-       Nationalisation de l’industrie pharmaceutique et des cliniques privées.

-      Fin de l’organisation libérale de la médecine de ville et de la tarification à l’acte.

URSS is coming back !

medium_edouard_escalier_jpeg.JPGEdouard Fillias

-      Fin du monopole de la Sécurité Sociale et liberté pour chacun, du choix de ses assurances afin de bénéficier du meilleur tarif possible. Rappelons qu'il s'agit là de la simple mise en oeuvre d'une directive européenne de 1994 qui met fin (théoriquement puisque la France refuse de l'appliquer) au monopole de la Sécurité Sociale.

-      Versement du salaire « réel » à chaque salarié. Les cotisations sociales ne seraient plus prélevées sur le bulletin de salaire afin que chacun retrouve les moyens de s’assurer lui-même.

-      Etablissement d’un panier de soins universel pour une prime forfaitaire annuelle, que les assurances privées auraient l’obligation de proposer dans tous leurs contrats de base.

-          Suppression progressive des régimes spéciaux d’assurance santé.

Commentaires

Il est amusant de constater que la fin de la médecine de ville libérale que propose Besancenov, c'est en gros le système en vigueur dans cet enfer ultra-libéral, cette plaie purulente du capitalisme mondialisé qu'est le Royaume-Uni.

Où le système de santé est quasi-socialiste. Et donc frappé par ces fléaux du collectivisme que sont la pénurie, la file d'attente et la bureaucratie.

En revanche, curieusement, les médecins socialistes anglais sont immensément mieux payés que les médecins libéraux français. A tel point que certains d'entre eux avouent qu'ils gagnent trop d'argent, et que ceux qui ont négocié le dernier plan de rémunération avec les autorités n'en croyaient pas leurs yeux, tellement le deal offert était avantageux.

Par ailleurs, l'idée des dispensaires est l'une des très rares propositions intéressantes de Ségolène Royal. La France, toujours en retard de trois ou quatre métros, n'a rien entre l'hôpital et le médecin tout seul dans son cabinet.

Résultat: les gens débarquent en masse aux urgences pour faire soigner gratuitement des bobos qui n'ont rien à faire à l'hôpital, et le médecin libéral reçoit ses patients dans un cabinet miteux et exigü, où il interrompt sans cesse la consultation pour répondre au téléphone, parce qu'il n'a pas de secrétaire.

Regrouper plusieurs médecins dans une structure intermédiaire, où ils pourraient partager des ressources communes (secrétariat, comptabilité, informatique, infirmières...), c'est le bon sens même.

D'ailleurs, selon Koz, qui a fait un relevé minutieux, c'est l'une des rares propositions du Pacte présidentiel qui ne sont pas dans le programme du PS, donc qui semblent venir des "débats participatifs".

Bon, tout ça pour ça, hein...

http://www.koztoujours.fr

Ecrit par : Robert Marchenoir | 19.02.2007

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