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12.04.2007

Le monopole pharmaceutique agonise

En France, le secteur de la pharmacie est ultra protégé par un arsenal juridique sur lequel veille jalousement le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler ici.

medium_pharmacie.2.jpgEt pourtant, le monopole pharmaceutique français agonise. Depuis le début de l’année, les pressions extérieures et les coups de boutoir se multiplient. La pharmacie traditionnelle vit en ce moment une révolution et je suis prêt à prendre les paris sur le fait que son monopole aura disparu d’ici la fin de la prochaine législature, en 2012.

Actuellement, la situation est la suivante :

  1. Seul un pharmacien peut être propriétaire d’une pharmacie. Ceci empêche tout apport financier extérieur autres que les fonds propres du pharmacien. Les laboratoires et les grossistes ne peuvent donc pas prendre des parts dans des pharmacies rentables qu’ils contribueraient à développer.
  2. Une société d’exercice libérale ne peut être propriétaire que d’une seule pharmacie. Les « chaînes » de pharmacies sont donc interdites.
  3. Les pharmaciens ont le monopole de la dispensation des médicaments à usage humains.

Qui a intérêt à voir disparaître ce monopole pharmaceutique ?

  • Les consommateurs tout d’abord, car la concurrence fait baisser les prix.

On objectera que les médicaments remboursés ne peuvent pas faire l’objet d’une concurrence entre différents circuits de distribution. Effectivement, pas de danger de ce côté… en France, la plupart des médicaments vignettés ont un prix fixé par l’Etat, qui régule également la marge des pharmaciens ainsi que le taux de remise pratiqué par les laboratoires et les grossistes. Ce n’est plus de l’économie soviétique mais c’est encore de l’économie dirigée.

medium_pharmacie-1-2.jpgEn revanche, le prix des médicaments non vignettés et délivré sans ordonnance est libre. On y trouve pêle-mêle, des produits comme le Fervex, le Citrate de Bétaïne, l’Activir, le Nurofen… Ces produits ne peuvent être vendus qu’en pharmacie, mais leur prix peut varier de 1 à 5 suivant les officines. La boite de Nurofen par exemple, fait régulièrement le grand écart entre 3,20 euros l’unité et… 1,30 euros.

  • La grande distribution

Cela fait des années que les GMS tentent d’obtenir l’autorisation de vendre les produits d’automédication sous le contrôle de pharmaciens qui seraient leurs salariés. Mais le Conseil de l’Ordre veille ! Interdiction absolue d’acheter son test de grossesse chez Carrefour ou Leclerc !

  • Les laboratoires et les répartiteurs

De nombreux laboratoires sont dans les starting block pour investir massivement dans le secteur pharmaceutique, dès que le monopole aura sauté. Pierre Fabre et Loréal par exemple, attendent la libéralisation du marché pour investir dans les pharmacies les plus rentables et créer des réseaux performants.

En France, le monopole pharmaceutique agonise

medium_parlement_europeen_1.4.JPGLa Commission Européenne, on le sait, lutte avec bonheur contre toutes les formes de monopoles qui se constituent au détriment de l’intérêt des consommateurs. Le monopole pharmaceutique a déjà disparu en Grande-Bretagne, en Irlande, au Luxembourg, en Italie et au Portugal. En Suède, sa fin est prévue pour 2009. La Commission Européenne s’est attaquée récemment aux monopoles Autrichien, Allemand et Espagnol. Elle vient de mettre la France en demeure de libéraliser son secteur pharmaceutique. En conséquence, même si tous les candidats à la présidentielle promettent le contraire, il est certain que la Commission Européenne parviendra, à terme, à mettre fin au monopole pharmaceutique français.

medium_WesternEuropeMap.gifFace à cette situation, le Conseil de l’Ordre des Pharmaciens se braque. C’est une réaction bien française, qui veut que tout « avantage acquis » soit définitivement congelé pour l’éternité et que toute tentative de réforme se heurte à la fureur des mandarins. Cette attitude rétrograde est d’autant plus incompréhensible que le Conseil de l’Ordre serait parfaitement dans son rôle s’il accompagnait l’évolution et la modernisation inévitable de la pharmacie française, au lieu de mener des combats d’arrière-gardes.

Mais les coups les plus rudes portés contre le monopole pharmaceutique en France ne viennent pas de l’Europe. Ils viennent de l’intérieur.

La DGCCRF par exemple (concurrence et répression des fraudes), a établi un comparatif des prix pour les produits qui sont à la frontière du médicament et qui peuvent être vendus aussi bien en pharmacie qu’en parapharmacie ou en grande surface (bains de bouches, éosine, produits anti-poux, alcool à 70°, entretien des lentilles de contact, etc.). Conclusion du rapport : « ces produits sont en effet vendus dans les trois circuits de distribution, à des prix inférieurs en moyenne de 20 à 30% en grande distribution par rapport à la pharmacie. (…) Il convient donc d’adapter l’article L. 4211 – 1 du Code de la Santé Publique relatif au monopole des pharmaciens. »

Autre exemple, depuis début avril, une quarantaine de pharmacie Viadys appartenant au groupe PHR ont décidé de mettre certains produits d’automédication en libre accès. Actuellement, lorsque vous voulez du Doliprane, vous devez le demander au pharmacien qui vous le donne. Il est théoriquement interdit de mettre ces produits en accès libre, même au sein de l’officine. L’attitude des pharmacies Viadys est donc une petite révolution. Et encore… les boites mises en libre accès sont… vides ! Il faut aller à la caisse pour se les faire remplir !! L’objectif en fait, est uniquement de faire réagir le Conseil de l’Ordre et de l’obliger à libéraliser (un peu) le secteur de la pharmacie. La grande nouveauté, c’est que l’un des syndicats de pharmaciens, l’Union Nationale des Pharmacies de France, soutient cette initiative. Son président, Claude Japhet estime en effet que « le patient doit avoir la possibilité de toucher, de regarder, de comparer et de décider de prendre ou non un produit, le tout bien sûr, accompagné d’un conseil du pharmacien ».

Les 40 pharmacies Viadys ont, quand à elles, été prévenues par l’inspection de la pharmacie que des suites pénales et disciplinaires seraient prises à leur encontre si elles ne rentraient pas immédiatement dans le rang.

medium_osez_la_liberte_mouton_noir.2.jpgAlternative Libérale est favorable à une libéralisation du secteur pharmaceutique. Dans la mesure où la délivrance des médicaments sans ordonnance se fait sous le contrôle d’un professionnel, il est légitime que les consommateurs aient un accès libre et au meilleur coût des produits nécessaires à leur santé.

 

Commentaires

Je connais bien le domaine de l'industrie pharmaceutique (je ne parlerai donc pas des officines). Si l'on décide de protéger l'industrie pharmaceutique c'est pour éviter que ce domaine qui n'est à 100% économique ni à 100% "humaniste" ne tombe dans les mains d'incompétents.

Je suis contre les génériques pour une raison simple: ils tuent la recherche. Un laboratoire comme Sanofi-Aventis (3° mondial - 1° européen) voit ses médicatments sur le marché noir avant même qu'il n'est commencé de le commercialisé et surtout avant que les brevets ne soient écoulés (Plavix). N'oublions pas que ces groupes 100% (ou presque) privés font un effort énorme de R&D y consacrant entre 30 et 40% de leur chiffre d'affaire... Et sur un brevet qui dure 20 ans, il y a déjà 14ans d'élaboration, de tests and so on. Car ce n'est pas le médicament qui est breveté mais la molécule. Et tu sauras que la molécule ne suffit pas à aboutir à un médicament.
Il faut de plus investir des milliards de dollars pour la fabrication d'un médicament, je pense donc que le fait qu'une boite de générique puisse se pointer comme cela et dire tien je vais fabriquer ce médicament, ca ne va rien me coûter et je vais gagner de l'argent ce n'est pas normal. Dans le cadre des pays pauvres et notamment Africains, je suis d'accord il y a des choses à faire mais laissons les entreprises pharmaceutiques en paix, laissons les se développé.

Et contrairement à toi, je crois que même s'il est fermé aux néophytes (Loréal... Vive l'expérience...) il reste très ouvert pour l'ensemble de la profession. Il y a de nombreuses FA et l'état intervient peu.

De plus renseigne toi sur la FDA américain, organe de régulation de mise en vente sur le marché américain des médicaments. Tu verras que la France est bien plus libérale que les Etats-Unis, pourtant chantre du néo-libéralisme...

Et enfin, les réseaux sont extrêmement performants, malheureusement en France nous ne parlons que de ce qui va mal... et jamais que ceux qui réussissent car Sanofi-Aventis est une de nos meilleures entreprises...

Bonne journée

Ecrit par : Sébastien | 16.04.2007

"Les consommateurs tout d’abord, car la concurrence fait baisser les prix."

Pas du tout d'accord, c'est un vision à courte vue.

Un médicament n'est pas une marchandise comme une autre.

Et en achetant un médicament le "consommateur" (est-ce un produit de consommation ?) n'achète pas un prix mais un moyen de se soigner et SURTOUT, à plus long terme, une part d'investissement dans de futurs produits qui lui permettront d'être mieux soigné, ce qui rejoint le commentaire de Sébastien.

Il est trop facile pour des concurrents de fabriquer dans des pays lointains (contrôle ?) et de vendre à bas prix des produits DEJA EXISTANTS pour lesquels ils n'ont dépensés aucun frais de recherche et qui ne font eux-mêmes aucun investissement en R&D.

Ecrit par : spqr | 17.04.2007

En ce qui concerne l'intérêt des consommateurs à une plus grande concurrence, nous ne parlons ici que des mécicaments relatifs à l'article L 4211-1 du Code de la Sante Publique, par exemple, tout ce qui est bains de bouche, tests de grossesse, alcool modifié, etc. Peut-être me suis-je mal exprimé.
Pour ce qui touche aux génériques, je ne remets pas en cause les efforts de R&D des grands labos, mais ne soyons pas dupes : la plupart des grands laboratoires organisent leur propre concurrence en produisant eux-mêmes les génériques de leurs propres médicaments. Pour ne prendre qu'un seul exemple, Aventis produit le Sectral, qu'il générique lui-même en Acébutolol 200 ou 400...
Cela dit, mon propos dans ce post n'etait pas de mettre un coup de projecteur sur l'industrie pharmaceutique mais sur le milieu de l'officine et sur sa nécessaire libéralisation / adaptation, dans un monde qui évolue.

Ecrit par : Stephane | 18.04.2007

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