06.03.2007

Parlement Européen : les rats quittent le navire

L’info n’est pas toute neuve. Elle date déjà de quelques jours. Mais elle est tellement exaspérante qu’elle mérite qu’on trempe son plus beau clavier dans un bidon de vitriol pour y revenir.

medium_parlement_europeen_1.JPGEn juin prochain, dans la foulée des présidentielles, auront lieu des élections législatives. Jean Quatremer a levé le lièvre, en révélant qu’un certain nombre d’élus qui s’étaient réfugiés au parlement européen lors des élections de 2004, ont annoncé dans l’indifférence la plus totale, leur volonté de mettre un terme à leur mandat d’eurodéputés (fin théorique : 2009) avant la fin de la législature, afin de briguer de nouveau un siége à l’Assemblée Nationale. Sur 31 eurodéputés socialistes, 8 ont donc décidé de déserter le parlement européen en prenant ouvertement leurs électeurs pour des andouilles : Pierre Moscovici (récemment élu vice-président du parlement européen), Stéphane Le Foll, André Laignel, Vincent Peillon, Adeline Hazan, Marie-Line Reynaud, Marie-Arlette Carlotti et Brigitte Douay. Notons que Roselyne Bachelot pour l’UMP et Jean-Marie Cavada pour l’UDF, sont dans le même bateau.

medium_parlement_europeen_4.JPGPrécision importante : en France, le mandat de député national est incompatible avec le mandat de député européen. Mais si un député européen français se présente aux élections législatives, il ne perd effectivement son mandat d’eurodéputé que s’il est élu à l’Assemblée Nationale… une forme d’assurance tout risque en quelque sorte. En d’autres termes, si Pierre Moscovici ou Roselyne Bachelot ne sont pas élus députés en juin prochain, ils pourront retourner tranquillement au parlement européen, terminer en paix le mandat pour lequel ils ont été élus en 2004.

Imaginons deux minutes ce que serait la conférence de presse sans langue de bois d’un de ces eurodéputés sur le départ. Et imaginons au hasard, que cet eurodéputé soit membre du groupe socialiste pour que se soit plus marrant :

Madame, Monsieur, chers électeurs,

            En 2004, j’ai sollicité votre suffrage afin de devenir votre représentant au parlement européen. A l’époque, je peux vous dire qu’on en menait pas large au PS. On venait de se prendre la rouste de notre vie aux présidentielles deux ans avant, et j’avais personnellement été battu dans ma circonscription aux législatives qui avaient suivies. Autant vous dire qu’on était nombreux sur la ligne de départ pour Strasbourg ! A l’époque, souvenez-vous, je vous avais seriné pendant des semaines sur ma volonté européenne inébranlable, sur la place de la France dans ce grand dessein politique hérité de nos pères et sur mon engagement sans faille d’européen convaincu.

Dans un grand moment collectif d’absence intellectuelle, vous aviez eu la faiblesse de me croire, ce qui me fait encore bien rigoler quand j’y repense. C’est d’ailleurs pour cette raison que je fais de la politique, car il y a beaucoup plus d’idiots qu’on ne croit.

Trois ans après mon élection en tant qu’eurodéputé, je vous informe que je n’irai pas au bout du mandat que vous m’avez confié, car j’ai des choses plus intéressantes à faire. Je vais en effet solliciter votre confiance, afin de (re) devenir votre député à l’Assemblée Nationale. Au cours de ma prochaine campagne, je vous parlerai de ma volonté inébranlable, de la place de la France dans ce grand dessein politique hérité de nos pères et de mon engagement sans faille d’élu local convaincu.

Je sais qu’à nouveau, vous m’accorderez votre confiance. D’abord, parce que vous êtes débiles ; c’est d’ailleurs pour cela que moi, je suis élu et que vous, vous êtes électeurs. Ensuite, parce que vous n’aurez pas le choix. Mon parti valide entièrement ma manière de faire de la politique et je serai son seul et unique représentant dans votre circonscription. Enfin, parce que vous avez un rapport un peu masochiste à la politique : vous aimez élire des guignols et des fripouilles, ça vous permet d’en dire du mal dans les repas de familles. Mais du moment que vous votez pour moi, ça m’est bien égal. Heureusement que la politique n’est pas plus une question d’honneur qu’elle n’est une question de respect du mandat confié par les électeurs ! Sinon on serait bien tient !

Une dernière chose pour finir. Si d’aventure le prochain président de la République vous soumettait par référendum, un nouveau projet de Constitution Européenne, vous seriez bien gentils de voter « Oui » cette fois. Franchement je ne comprends pas votre désamour pour les institutions européennes. C’est un truc qui marche vachement bien pourtant ! Regardez moi !

Votre eurodéputé dévoué